Infertilité: les causes, les chiffres, et quand consulter
Dernière mise à jour : 1 sept.

En clinique, la question revient presque toujours de la même façon:
« à partir de quand est-ce qu'on devrait s'inquiéter? »
Et derrière, il y en a une autre, moins facile à poser: est-ce que c'est normal que ça prenne autant de temps, ou est-ce qu'il y a quelque chose qui cloche chez nous?
Au Québec, 10 à 15 % des couples éprouvent des difficultés à concevoir. Tu n'es pas seul(e) là-dedans, même si tout le monde autour de toi semble tomber enceinte en y pensant.
Voici les repères concrets: combien de temps c'est normal d'attendre, ce qu'on cherche quand on fait un bilan, et à quel moment ça vaut la peine d'en parler à ton médecin.
La fenêtre fertile, en bref
À chaque cycle, il n'y a que quelques jours où la conception est possible. C'est la fenêtre fertile, qui se termine le jour de l'ovulation.
Trois signes permettent de la repérer: la glaire cervicale, qui devient claire et filante, la température basale, qui monte après l'ovulation, et souvent une hausse de la libido. La glaire est le seul des trois qui prédit l'ovulation au lieu de la confirmer après coup, ce qui en fait l'outil le plus utile quand on cherche à concevoir.
Les chances par cycle: le chiffre que personne ne dit
Chez une femme de moins de 30 ans, avec des rapports réguliers non protégés, les chances de concevoir sont d'environ 20 % par cycle.
À 40 ans, elles tournent autour de 5 %.
Relis-le comme il faut: 20 %. Même dans les meilleures conditions, avec un timing parfait et deux personnes en pleine santé, ça ne fonctionne pas huit fois sur dix.
C'est la donnée que je donne le plus souvent en consultation, et c'est presque toujours un soulagement. Parce qu'à force d'entendre qu'il ne faut surtout pas tomber enceinte par accident, on finit par croire que ça devrait arriver au premier essai. Ce n'est pas comme ça que ça marche, et ce n'est pas ta faute.
L'âge, des deux côtés
Chez la femme, la fertilité commence à diminuer vers 30 ans, et le phénomène s'accélère après 35 ans. Le nombre d'ovocytes est fixé avant la naissance et diminue avec le temps. Le risque de fausse couche augmente aussi avec l'âge, jusqu'à environ 40 % autour de la quarantaine.
Chez l'homme, la baisse est plus lente et la fertilité se maintient beaucoup plus longtemps. Elle n'est pas nulle pour autant: après 45 ans, la fragmentation de l'ADN spermatique augmente, et l'âge paternel est associé à un risque plus élevé de fausse couche.
Quand consulter
Les repères utilisés en médecine sont les suivants:
Après 12 mois d'essais sans succès, si la femme a 35 ans ou moins
Après 6 mois, si elle a plus de 35 ans
Sans attendre, en cas de fausses couches à répétition, de cycles absents ou très irréguliers, ou d'un antécédent connu (endométriose, chirurgie pelvienne, traitement contre le cancer)
Ces délais font peur à beaucoup de gens, comme si consulter revenait à admettre qu'il y a un problème. Ce n'est pas ça. C'est simplement le moment où ça vaut la peine d'aller voir, plutôt que de continuer à se demander.
Et une chose qui me tient à coeur: l'évaluation doit porter sur les deux partenaires dès le départ. C'est encore trop souvent la femme qui passe tous les tests, parfois pendant des mois, avant qu'on pense à demander un spermogramme. Un simple test, non invasif, qui aurait pu être fait le premier jour.
Les causes connues
Du côté féminin
Troubles de l'ovulation, souvent soupçonnés devant un cycle irrégulier ou absent
Endométriose
Trompes de Fallope obstruées ou malformées
Fibromes ou autres troubles utérins
Antécédent d'infection transmise sexuellement
Déséquilibres hormonaux, y compris thyroïdiens
Insuffisance ovarienne précoce, avant 40 ans
Du côté masculin
Anomalies des spermatozoïdes: nombre, mobilité, forme
Fragmentation de l'ADN spermatique, qui n'apparaît pas au spermogramme de base
Varicocèle
Antécédent d'infection transmise sexuellement
Déséquilibres hormonaux, incluant l'effet de la testostérone prescrite ou des anabolisants
Des deux côtés
Chimiothérapie ou radiothérapie
Diabète et syndrome métabolique
Certains médicaments et suppléments
Tabagisme, cannabis, consommation d'alcool élevée
Poids très bas ou très élevé
Exposition professionnelle à des produits chimiques
Les chiffres
Environ 30 % des situations d'infertilité relèvent d'un facteur masculin
Environ 40 %, d'un facteur féminin
Environ 20 %, des deux côtés
Environ 10 % restent inexpliquées après le bilan
Deux choses à retenir de ces chiffres. Un facteur masculin est présent dans la moitié des situations si on additionne les deux catégories qui le concernent. Et « inexpliquée » ne veut pas dire qu'il n'y a rien; ça veut dire que les examens faits n'ont rien trouvé.
Et ensuite?
Si le bilan révèle quelque chose, il y a des traitements: stimulation de l'ovulation, insémination, fécondation in vitro, chirurgie selon les cas. Savoir ce qui accroche est déjà un soulagement en soi, même quand la nouvelle n'est pas facile.
Si le bilan ne révèle rien, tu n'es pas sans options pour autant. Et c'est souvent là que les gens arrivent chez moi: tout est normal sur papier, on leur propose un plan, mais personne ne leur a expliqué ce qui se passe dans leur corps.
Ce que je regarde avec eux, c'est ce que le bilan ne mesure pas. Le rythme du cycle, la qualité des règles, la glaire, le sommeil, la tension accumulée, la façon dont tout ça se tient ensemble. Ça ne remplace pas le suivi médical. Ça l'accompagne.
Une précision, parce qu'elle compte. Je suis acupunctrice et infirmière, pas médecin. Je ne pose pas de diagnostic d'infertilité, je ne prescris pas d'examens et je n'interprète pas de résultats de laboratoire: ça relève de ton médecin ou de ta clinique de fertilité. Ce que je fais, c'est un bilan en acupuncture, un accompagnement dans la durée, et un rappel de consulter quand c'est indiqué.
Les commentaires qui font mal, et quoi répondre
Et non, je ne te dirai pas de lâcher prise ni d'arrêter d'y penser. Ces phrases ajoutent une tâche à quelqu'un qui en a déjà plein les bras: non seulement tu n'es pas enceinte, mais en plus tu échoues à ne pas y penser.
Tu vas les entendre pareil. Elles viennent presque toujours de gens qui t'aiment et qui ne savent pas quoi dire. Ça ne les rend pas moins pénibles.
Voici quelques réponses. Il y en a des légères, pour t'en sortir sans t'expliquer, et des plus franches, pour les fois où tu en as la force.
« Arrête d'y penser, ça va arriver. »
Léger: « Si c'était si simple, ce serait déjà fait. »
Franc: « Je comprends que tu veux m'aider, mais cette phrase-là me met de la pression. Demande-moi plutôt comment je vais. »
« C'est peut-être juste le stress. » Léger: « Le stress, c'est surtout de se faire dire que c'est le stress. » Franc: « Le stress n'explique pas une infertilité. On est suivis, on sait ce qu'on fait. »
« Vous êtes jeunes, vous avez tout votre temps. »
Léger: « On espère que tu as raison. »
Franc: « On n'a pas envie d'attendre pour le savoir, alors on s'en occupe maintenant. »
« Ma cousine a adopté et elle est tombée enceinte tout de suite après. »
Léger: « J'ai entendu cette histoire-là souvent. »
Franc: « L'adoption, c'est un projet en soi, pas un truc pour tomber enceinte. »
« Puis, c'est pour quand, les bébés? »
Léger: « On verra bien! »
Franc: « C'est une question plus compliquée qu'elle en a l'air pour nous en ce moment. J'aime mieux ne pas en parler ici. »
« As-tu essayé [insérer n'importe quoi]? »
Léger: « On est bien accompagnés, merci. »
Franc: « J'ai une équipe pour ça. Ce dont j'ai besoin de toi, c'est autre chose. »
Deux choses à retenir. Tu n'as aucune obligation de raconter ton parcours à qui que ce soit, même à ta famille proche. Et si tu veux couper court sans être blessante, « on va t'en parler quand il y aura quelque chose à dire » ferme la porte en douceur.
Et si tu es l'ami ou la soeur de quelqu'un qui vit ça: « je pense à vous, et je ne te demanderai rien » est à peu près la meilleure chose à dire.
Ce qui nous échappe
Au-delà des ovules, des spermatozoïdes et des pourcentages, il reste une part qu'on n'explique pas.
Des couples avec un bilan parfait attendent des années. D'autres, avec tous les facteurs contre eux, conçoivent au premier essai. Après quinze ans en santé, je n'ai toujours pas d'explication pour ça, et je me méfie un peu de ceux qui en ont une.
Chacun donne un sens à cette part-là avec ce qu'il porte: sa foi, sa spiritualité, sa confiance dans la science, son rapport à la nature, ou simplement l'idée que la vie fait ce qu'elle veut. Il n'y a pas de bonne réponse, et personne n'a à justifier la sienne. Ce qui compte, c'est que ta façon de comprendre t'aide à traverser l'attente au lieu de t'accabler.
Moi, je pense souvent au pommier. Il ne décide pas du jour où il fleurit. Il ne force pas ses fruits à mûrir plus vite parce que la saison est courte. Il prend ce qu'il a, la lumière, l'eau, le sol, et il en fait ce qu'il peut. Certaines années donnent beaucoup, d'autres presque rien, et l'arbre n'y est pour rien.
Mon travail ressemble à ça: soigner le sol, pas tirer sur les branches.
Je ne force rien. J'accompagne.
Tu veux qu'on regarde ta situation ensemble? La première rencontre sert à faire le point, à comprendre ton cycle et à voir ce qui peut être travaillé.
Julie Mitchell-Ricard, Ac., Inf., B.Sc. (psychologie)





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